суббота, 16 июля 2016 г.

Bonsoir, maestro Lai!




Bonsoir, maestro Lai!

Afin de commencer  notre entretien, je Vous prie de me permettre de Vous poser une question plus ou moins traditionnelle pour un musicien.  Votre partenaire Claude Lelouch  s'est interessé à la musique représentée par les bandes de son des dessins animés de Walt Disney. C'est tout à fait naturel car il a le même âge que ces films, comme Vous, d'ailleurs. Qu'est-ce qui était la musique de Votre enfance, Monsieur Lai?
- Moi, la rencontre avec Lelouch s'est faite par l'intermédiaire de Pierre Barouh  qui est un auteur des chansons, qui écrit des chansons, qui est un merveilleux auteur  et qui est acteur également. La rencontre s'est faite lorsque Lelouch qui n'était pas connu à l'époque, était un jeune réalisateur, était en train de tourner un film qui s'appelait Une fille et des fusils. Ce film se passait, se tournait à Saint-Ouen, c'est dans Paris.   Barouh était acteur dans ce film. Et il a voulu absolument qu'on fasse une rencontre avec Lelouch pour lui faire écouter une chanson qu'on avait écrite ensemble. Et on l'a fait écouter... Donc, après le tournage Lelouch nous a invités chez lui. On a atterri dans son appartement  avec bon accordéon,  Barouh, on a commencé a faire de la musique, on lui a joué une chanson  qui s'appelle L'amour est bien plus fort que nous, et Lelouch a beaucoup aimé cette chanson, en me disant: “Mais est-ce que vous pouvez me la garder pour mon prochain film que j'ai dans la tête?”  Nous, avec  Barouh, on a dit: “Avec plaisir”. Et ensuite il a demandé: “Est-ce que ce vous amuserait   de faire toute la musique du film?”  Je lui ai dit: “C'est une chose que je n'ai jamais faite, j'ai fait beaucoup de chansons, mais je n'ai jamais écrit  musique de film, c'est quand même un domaine  qui est un tout petit peu particulier et réservé à certains connaisseurs de musique.” Il m'a dit: “Moi, voilà ce que je souhaite, ce sont des thèmes.  Facilement reconnaissables, facilement mémorisables et qu'on puisse surtout  décliner dans plusieurs styles musicaux. C'est-à-dire que si vous avez réussi une belle mélodie, mélodie qui tient la route, on va pouvoir la décliner en musique symphonique, en musique de jazz, en musique quartet, c'est-à-dire qu'on va pouvoir se servir de cette musique pendant la tournée du film. Et c'est pour ça que  la musique est enregistrée définitivement avant le tournage des films. Et je pense que Claude Lelouch est un des seuls à faire ce genre de programmation, c'est-à-dire que la musique est enregistrée avant le tournage du film.
 
Alors,  moi, c'était très éclectique comme  musique. Moi, j'ai beaucoup aimé la musique classique, au départ,  parce que mes parents  aimaient ça,  c'étaient les opéras,  les opéras italiens,  de Puccini, Verdi. Mais c'était la variété française également  que j'aimais beaucoup, et puis, surtout le jazz.  J'ai commencé, si vous voulez, la musique avec un professeur  qui était un grand jazzman  et avec qui j'ai fait mes premières armes jazzistiques.    Voilà, donc, j'aimais beaucoup la musique brésilienne, je n'avais pas de musique particulièrement ciblée. C'est-à-dire que chaque fois qu'il y avait des musiques qui  me faisaient vibrer,  parce que  je trouve que la musique c'est une façon de recevoir des sentiments profonds, c'est-à-dire que la musique est faite pour donner des émotions et  c'est ce que je me suis toujours efforcé de faire, c'est-à-dire, essayer de donner une émotion avec la musique. Donc, je suis très ouvert à toutes sortes de styles musicaux, ce qui me facilite la chose dans les musiques de film qui a besoin des fois  d'éléments qui sont complètement différents. On peut très bien avoir dans un film une musique folklorique indienne, avoir une musique classique de ballet, on peut avoir toutes sortes de musique, toutes sortes d'événements qui sont indispensables pour la musique de film.


Votre premier grand projet est devenu Votre travail avec Edith Piaf, reine de chanson, légende de la ville de Paris des années cinquante. Votre accordéon lui a offert de nouvelles chansons comme on offre des bouquets de lilas. Est-ce que Vous vous entendiez bien avec la diva qui ne cachait point d'avoir un mauvais caractère, d'aimer boire un coup d'alcool fort et d'avoir été élevée dans un bordel? Aviez-Vous à vous adapter à elle ou bien Vous avez trouvé en Edith  l'âme sœur?
·Edith Piaf, ca a été le départ, si vous voulez... Moi, j'écrivais beaucoup de chansons, quand je suis arrivé à Paris.  Je suis arrivé à Paris dans les années cinquante et j'habitais sur la butte Montmartre. Sur la butte Montmartre il y avait  énormement de chanteurs, de chanteuses, de peintres... Et tous ces gens, on  se retrouvait  tous dans un espèce de club qui s'appelait la Taverne la Piliaux. Et on se réunissait le soir, il y avait un grand piano à queue et les gens se mettaient au piano, on faisait  de la musique, on composait,  on écrivait les textes, et ça a été un libre-rencontre très, très important, puisqu'un soir on a eu la surprise d'avoir Piaf qui  vient écouter le tour de chant du chanteur qui  s'appelait Mouloudji pour qui avec Bernard Dimey on avait écrit toutes ces chansons, pour son tour de chant. Et Piaf voulait que ce chanteur fasse la première partie de l'Olympia avec elle. Et donc, elle est venue, elle a écouté le tour de chant et en partant, elle a dit: “ Mais voilà , venez prendre un verre à la maison, toute l'équipe.” Il y avait Bernard Dimey, il y avait Mouloudji, moi-même, on était sept ou huit qui iraient chez Piaf . Et là, on a commencé a faire de la musique. Et on a fait de la musique toute la nuit! Moi, je jouais  de l'accordéon et elle m'a dit: “Vous avez une façon de jouer de l'accordéon que j'aime bien. Est-ce que ça vous amuserait d'être mon deuxième accordéoniste? Le premier était  Marc Bonel,  qui, lui, était immuable.” Et je dis: “Mais avec plaisir!” Et elle me dit: “J'aimerais également  que vous m'écriviez des chansons.” Voilà comment j'ai rencontré Edith Piaf qui m'a mis vraiment le pied à l'étrier, en me donnant la chance de pouvoir lui écrire des chansons et  l'accompagner à l'accordéon. Piaf et moi... avec moi, ça a toujours été un plaisir énorme de travailler avec elle parce que je savais: quand je lui montrais une chanson, elle faisait le maximum. Et je n'aurais jamais pu souhaiter  une interprétation plus exceptionnelle que celle de Piaf.  Il ne faut pas oublier que Piaf, cinquante ans après, est toujours la première diva française, elle est connue dans le monde entier  et elle reste  ce personnage qui est intouchable. Intouchable, et on ne peut  pas l'imiter. On l'imite, mais ce ne sera jamais l'original. C'est Piaf, elle restera toujours  l'eternelle Piaf.

Dans Votre jeunesse c'était le jazz qui prédominait. Plusieurs musiciens qui avaient commencé leur travail dans ce genre, lui sont restés fidèles.  Par exemple, Legrand, il n'est romanesque nulle part,  sauf dans le film  les Parapluies de Cherbourg. C'était Votre jeunesse aussi. Pourquoi n'avez-Vous pas suivi les pas de Legrand, pourquoi avez-Vous préféré  le style de Chopin et de Schubert?
·Les styles de musique, on peut les varier. Moi, je sais que quand je faisais, quand j'étais un soliste dans un orchestre, ce que j'aimais effectivement, c'est de faire des chorus de jazz.   Parce que c'était quelque chose que j'aimais  beaucoup. Mais quand j'écoute la musique, moi, j'adore écouter  des concerts symphoniques, j'écoute les concertos de Rachmaninov, j'écoute les symphonies de Beethoven,  Prokofiev,  j'écoute mon préféré, c'est le Sacre du Printemps de  Stravinsky que je trouve un chef-d'œuvre de notre siècle.  Donc, voyez, je suis très, très, très ouvert à toutes sortes de musique à partir du moment ou elle me touche.    J'adore Chopin, bien sûr, ce serait triste de ne pas aimer Chopin. Chopin c'est le romantique le plus pur. Schubert, Schumann, tous ces grands classiques ont tellement apporté à la musique, ils restent des immortels, ce sont des immortels.

Le magazine «CINEZIC.fr» Vous avait baptisé en plaisantant “le rêve des jardiniers” d'origine italienne. Nos rêves et nos pensées avaient rêvé de Vous, mais Vous ne tenez pas trop à vous matérialiser, Vous ne donnez pas beaucoup d'interviews. Pourquoi? C'est parce que des gens vosent les mêmes questions et Vous ne désirez pas répéter la même chose? Ai-je deviné? 
·Oui, c'est un peu ça. Normalement, bon,  je n'aime pas, c'est très difficile de parler de soi-même parce qu'on a l'impression d'être un peu narcissique, de parler de soi  c'est toujours très ennuyeux. Je préfère que ce soit quelqu'un d'autre qui parle de ce que je fais, plutôt que ce soit moi  qui me raconte parce que je suis très timide, vous ne savez pas, mais je suis très timide.   Et  je n'aime pas trop  m'exposer justement aux interviews  parce que c'est ce côté  un peu narcissique  qui  ne me plaît pas  trop.    Ce que j'aime, c'est être derrière mes claviers et essayer de trouver des musiques, essayer de trouver des melodies,  essayer de trouver des marches  harmoniques, essayer de faire de la musique. Et ça,  c'est mon but, ça,  c'est ma plus grande passion parce que  la musique, pour moi, est une passion.     

Tout musicien  s'explique et s'exprime dans la musique. Mais pas rien que ça. Vous et Lelouch, intuitivement, en débutant, vous avez créé la musique si  simple, si pure et si profonde qu'elle peut etre comparée à l'équation mondialement connue E égale m c carré.  Il est clair que Vous avez eu de parfaits professeurs. Je peux en citer deux tout de suite, ce sont Franz Schubert et Frédéric Chopin.  Pourriez-Vous nous en nommer les autres?
·J'avais déjà nommé pas mal, d'ailleurs... Prokofiev, Beethoven... Bien sûr, le maître de tous c'est Bach,  Johann Sebastian Bach. Mozart... Qui je peux citer encore?..   Mendelssohn... Il y a des œuvres de Mendelssohn qui sont superbes. Tchaïkovsky, bien sûr, Tchaïkovsky... Tous les Chostakovitch... La symphonie numéro cinq de Chostakovitch est un chef-d'œuvre. Maler qui est un de mes compositeurs préférés également.  Donc, vous voyez qu'il y a beaucoup de possibilités d'écoute.  Malheureusement, on n'a pas le temps de tout écouter parce que tous ces compositeurs, ces grands compositeurs  ont écrit tellement d'œuvres majeures, tellement d'œuvres exceptionnelles qu'il faudrait deux ou trois vies pour pouvoir les écouter.

Maintenant quelques questions concernant  la plus connue, peut-être,  musique de film que Vous avez créée. 
La musique est un acteur supplémentaire dans un film, c'est ça qui est unique dans Votre travail avec Claude Lelouch. Vous écrivez la musique sans  voir  les épisodes tournés, sans voir l'image, et au cours du tournage les acteurs s'adaptent à la musique  qui est déjà écrite. Cela permet d'obtenir l'image exceptionnellement  naturelle. 
Travaillez-Vous toujours de cette manière ou bien  Vous ne le faites qu'avec Lelouch?
·Non, c'est pratiquement avec Lelouch. Avec les autres metteurs en scène, ils vous appellent  quand le film est terminé, donc, on travaille. Mais si vous voulez, j'essaie de faire une abstraction  de l'image   pour ne pas faire un doublant avec la musique et l'image, je trouve que  la musique, si elle est là,   elle doit apporter l'élément supplémentaire et complémentaire  au film. Que  Lelouche la considère comme un acteur, je pense que c'est la bonne définition.   La musique est un acteur dans le film.  Elle joue son propre rôle. Et elle apporte ses  éléments, elle apporte sa couleurs;   d'ailleurs,   si vous  manquez, vous pouvez  détruire un film avec la musique,    si elle est à côté de l'image.   Donc, il faut faire très attention parce que  c'est très delicat, la musique donne tout de suite l'atmosphère, l'ambiance et la couleur du film.  
Votre conception de la musique avant et après le tournage  est presque toujours la même. Cela ne veut-il pas dire que  Vous remplacez Lelouch en quelque sorte? Ne trouvez-Vous pas que la musique et le film se rivalisent?
·Non, pas du tout.  Justement, c'est le contraire qui va se passer.  Il faut que la musique et le film  soient un mariage total, soient un mariage complet par lequel on  peut  le jour où  vous entendez, par exemple, quelques notes de musique, et vous pouvez dire: “Tiens, ça, c'est   le film... “ Par exemple, si vous entendez “ta-de-da-da”: “ Mais ça, c'est la musique de Westside Story!”  Vous voyez ce que je veux dire?        La musique est également un repère  très, très important  pour le film. Et le film, de l'autre côté,  est important pour la musique, c'est certain, parce que s'il n'y avait pas le film aux histoires, on ne pourrait pas écrire la musique qu'on a écrite. Quand on écrit une  musique, il faut qu'elle soit,  qu'elle fasse   partie intégrante du film, même si cette musique ne souligne pas les effets  qu'il y a dans le film.

Est-ce que Lelouch Vous a souvent prié de refaire Votre musique de film? Est-ce qu'il possède sa propre vision musicale du film?
·Oh, non, il nous arrive d'améliorer, il nous arrive parfois de garder  une phrase qu'il aime bien et de l'enrichir, de s'en servir beaucoup plus qu'on peut en faire au départ. Moi, si vous voulez, quand  je lui montre un thème, quand je lui montre une musique, j'ai écrit avant de lui montrer  au moins dix ou douze musiques, avant de lui montrer celle que je pense  qui va aller dans la couleur de ce qu'il souhaite.  Mais au départ il me donne quand même quelques repères.  Par exemple, dans le film   Itinéraire d'un enfant gâté  il m'a demandé, en partant, il m'a demandé: “Voila, Francis, ce que je souhaiterais,  c'est une musique de cirque.” Donc, il fallait que je trouve  l'amalgame de styles de musique, c'est-à-dire qu'il y  ait en fond toute symphonie classique et par-dessus une mélodie qui fasse penser au cirque parce que le film s'y passait, il y avait une histoire de cirque. Donc, il fallait que deux musiques, deux styles de musique  se marient et c'est ce qui était  le plus difficile à trouver, bien sûr.
Lelouch a dit un jour que la musique  peut devenir dans un film un acteur et un metteur en scène. Mais il existe des films sans musique.  Qu'en pensez-Vous? Que pensez-Vous de la musique d'ambiance  qui est destinée à combler des lacunes et des vides?
· Mais chacun est libre de pensez ce qu'il  veut.  Si un metteur en scène, un réalisateur pense que son film se suffit à lui-même sans musique, pourquoi pas? Moi, je pense que la musique de film est née avec l'image, la musique  pour le premier film  L'Assassinat du duc de Guise a  été écrite par Camil  Saint-Saëns  qui est un immense compositeur français. Donc, la première musique de film, ça a été  quand même un grand compositeur de musique classique  qui l'a écrite.  Ensuite il y a eu tous les films muets avec l'accompagnement de piano à l'image.  Tout est permis, si vous voulez. Rien n'est interdit. Si un metteur en scène désire ce que son film  soit sans musique, uniquement avec des dialogues, pourquoi pas?  Mais moi, je pense qu'il manque un élément majeur.  Parce que je pense que la musique est un élément majeur dans le cinéma.

Que pourriez-Vous dire à propos de Votre travail pour le film Ces amours-là, pourriez-Vous commenter le pourquoi du fait que Lelouch avait demande à  Legrand d'écrire la musique pour la version américaine? Pourquoi ne pas faire inversement? Peut-être que le goût des Americains tend à apprécier plutôt  la musique écrite dans le style de jazz, tandis que les Européens préfèrent la musique plus mélodique?
·Puis, je n'ai pas exclusivité totale avec Lelouch. Lelouch, si demain il a envie de prendre un autre compositeur, il est libre de prendre un autre compositeur.  Moi, j'ai bien travaillé avec d'autres metteurs en scène, j'ai travaillé avec un metteur en scène  italien   qui s'appelait Dino Risi, j'ai travaillé avec d'autres metteurs en scène, donc, je ne vois pas pourquoi Lelouch  se priverait de travailler avec d'autres compositeurs, on n'a pas une exclusivité totale. On aime travailler ensemble, il y a une grande amitié  qui s'est liée entre nous,  ça fait  50 ans qu'on travaille. C'est-à-dire, cette année on fête notre cinquantenaire de collaboration, ce qui est, je crois, unique dans les annales du cinéma.

L'histoire pareille avait lieu avec le projet italo-soviétique La Tente Rouge ou le public russe écoutait la musique écrite par Alexandre Zatsépine et le public européen avait le droit à Morricone. Est-ce  normal  pout un compositeur d'accepter  cette double autorité? 
        - Vous savez, nous avons tourné le film   Les uns et les autres, ou la moitié du film, toute la partie américaine a été écrite par Michel Legrand  et toute la partie européenne, c'est moi qui l'ai écrite.   Donc, on a travaillé ensemble et cela s'est super-bien passé. Maintenant, Michel Legrand, je le considère vraiment comme un très, très grand compositeur  de musique de film.

Comment doit être  un scénario pour  que Vous acceptiez d'écrire une musique pour le film? Par  exemple, pourquoi avez-Vous consenti à travailler avec le metteur en scène russe Nikita Mikhalkov pour son film Les Yeux Noirs?
·J'adore ce film. Déjà, quand on l'a proposé, j'étais déjà aux anges parce que  je connaissais déjà ce que faisait ce grand metteur en scène. Et en plus, avec l'apport de Mastroianni,  qui est un de mes acteurs préférés, ca a été  un vrai, vrai, vrai bonheur de  travailler sur ce film. Et ca s'est superbement bien passé parce qu'on avait plus ou moins, non, on n'avait pas plus ou moins, on avait les mêmes idées musicales en ce qui concerne justement toutes les séquences de musique. Lui aussi, il  souhaitait avoir les musiques qui ne soient pas, qui ne soulignent pas les effets, il voulait une musique qui donne une atmosphère à son film. Et donc, Les Yeux Noirs, ça a été une occasion formidable de travailler avec ce grand metteur en scène.

Il y a  un phénomène dans la litterature quand un artiste commence à se copier lui-même.  Ce terme n'existe peut-être pas dans la musique, mais le phénomène reste. Est-ce qu'il Vous arrive de lutter contre Vous-même si Vous voyez  qu'apparaît  la menace de vous plagier? 
·Oui, mais ca, c'est la hantise de  tous les compositeurs, celle de se plagier.  Alors, il faut faire attention à ça, des qu'on sent qu'on va sur des harmonies qu'on a déjà utilisées, avec les marches harmoniques  qu'on a déjà utilisées, peut-être, des mélodies qui se ressemblent un tout petit peu, il faut les éviter. Donc,  c'est pour ça que moi, si vous voulez, je travaille énormement, énormement,  c'est justement à cause de ça, c'est pour éviter justement de se plagier soi-même. Parce que si vous vous plagiez, ça n'apporte plus rien à la musique.  Moi, j'essaie... Si vous écoutez plus ou moins les trente films de Lelouch, vous allez voir qu'il n'y a pas une seule musique qui soit dans le même esprit.  Chaque film est personnel, j'espère, au moins, que chaque musique que j'ai faite ait sa propre personnalité, ait  sa propre signature. Voilà, c'est ce que je souhaite de faire dans le métier que je pratique.

On peut dire qu'au “début des siècles”  la musique de film avait été enregistrée par des orchestres symphoniques, parfois même très nombreux. A présent, c'est l'ordinateur qui les remplace auquel on peut parler la langue des mathématiques. Avez-Vous pu facilement vous défaire de l'habitude de la musique orchestrale? N'avez-Vous pas de problème de parler la langue de maths? C'est très compliqué pour certains musiciens bien qu'on croie que le jeu en vaut la chandelle.
Ecrivez-Vous toujours Votre musique  sur papier ou bien vous servez-Vous du logiciel électronique?
·Non, j'écris sur le papier, j'écris sur  les  ordinateurs, ça ne me gêne pas du tout. Vous savez que vous pouvez avoir le plus grand, le plus bel ordinateur du monde et si vous n'êtes pas musicien, lui, il ne va pas vous donner de  la musique. C'est vous qui êtes la créatrice ou le créateur de la musique.  Donc, c'est à vous de donner des informations à l'ordinateur. L'ordinateur, que'est-ce qu'il fait?  Lui, il copie exactement  ce que vous faites.  Moi, je fais une mélodie, je la joue, elle est enregistrée sur l'ordinateur, mais si je n'ai pas fait cette mélodie, lui, ce n'est pas lui qui va la faire.  Donc, ça facilite certaines  choses parce qu'on peut l'avoir tout de suite  comme on a la possibilité d'avoir tous les instruments sous la main, ça donne la possibilité déjà d'entendre plus ou moins orchestralement ce que ça peut donner  et si, par hazard, il y avait des choses qui ne vous plaisaient pas,  vous pouvez les corriger très facilement, alors que quand c'est enregistré définif avec les scores et avec le véritable orchestre, c'est pour ça quand on arrive...   Moi, j'adore enregistrer avec un grand orchestre, mais il faut que tout soit  en place,  et tout est définitif, si vous voulez. Alors que quand on travaille, effectivement, sur les ordinateurs, on peut modifier les choses, parce que  c'est très facile de modifier, de changer, par exemple,  si on a fait un contrechant de hautbois, on dit: “Si on mettait, à la place du hautbois,  un contrechant de flûte ou des cors?” En ce moment-là, c'est très très facile, vous savez votre programme Frenchildrone,  vous pouvez le faire intstantanément, donc, voilà l'avantage de la musique électronique. 
Un compositeur a-t-il besoin d'un autre compositeur et dans quelle situation? Vous avez travaillé ensemble avec  Henry Mancini, Elton John, Roland Romanelli, Jannick Top... La moitié du groupe SPACE, ce sont Vos partenaires. Il est un peu étrange que Vous n'ayez jamais collaboré avec Didier Marouani. Est-ce vrai? 
·Les noms que Vous m'avez cités, ce sont des musiciens à part. Jannick Top, c'était un bassiste, Roland Romanelli, c'était un accordéoniste,  Elton John, pour lui, j'ai fait juste une chanson, Elton John c'est  un chanteur, qui faisait partie des chœurs. J'ai eu la chance qu'il fasse partie des chœurs et qu'il chante une de mes chansons, c'était vraiment le hasard,  parce que Elton John n'était pas connu, il n'avait pas de nom à cette époque-la. Il faisait partie  d'un groupe de choristes. Alors que les autres musiciens, ce sont de vrais musiciens, Jannick Top c'est un des meilleurs bassistes au monde, Roland Romanelli est un excellent clavier, il joue de l'accordéon à merveille. Didier Marouani  a sa propre structure orchestrale, il fait sa propre musique qui marche très très très bien, qui est très réussie, c'est un style très particulier qu'il a. Donc, il garde sa personnalité, bravo à Didier! Je n'ai jamais eu l'occasion de travailler avec lui, ça, c'est vrai. 

A la fin des années soixante-dix Vous avez commencé à travailler ensemble avec Monsieur Romanelli. Comment cela s'est-il fait? Est-ce vrai que c'était Vladimir Kosma qui Vous l'a présenté? En Russie on se pose toujours la question concernant Votre expérience avec M.Romanelli - “Astrolab” 22: est-ce un album musical ou une bande son accompagnant  quelque chose tout court? Pourriez-Vous, Monsieur Lai, parler de Votre collaboration avec Roland plus en détails? 
·Oui, j'ai travaillé avec Monsieur Romanelli comme  musicien et accordéoniste. Non, ce n'était pas Kosma qui me l'a présenté. L'album “Astrolab” c'est justement l'album que j'ai fait avec Roland Romanelli. C'était le début de tous les synthétiseurs un tout petit peu avant-gardistes. Et moi, mon rôle c'était de faire une musique justement un peu spatiale, de l'espace, c'est comme ça que j'ai accepté de faire ce feuilleton qui n'était pas même pas un film,  je ne me souviens plus tres bien  de ce feuilleton, mais cela m'a donné l'opportunité de faire de la musique avant-garde, un peu avant-gardiste. C'était pour ça que j'ai accepté. Et là, on a travaillé pendant pratiquement  un mois avec Roland et on a fait toutes les expérimentations possibles avec les nouveaux instruments qui  venaient de paraître, c'est-à-dire, beaucoup-beaucoup de synthétiseurs qui  n'existent plus malheureusement maintenant, mais qui à l'époque  avaient des sons très, très intéressants et voilà,  qui ont donné cette musique un peu spéciale. C'est la seule musique que j'ai faite un tout petit peu spatiale, c'est la seule.

Une fois Vous aviez dit: “J'aime jouer du piano, mais je ne suis pas showman et je ne le serai jamais, je crois.” Cela veut-il dire que le maestro Lai préfère rester invisible?
·Je ne suis pas fait pour la scène. Il y a des gens qui sont faits pour la scène, qui adorent la scène. Moi, je panique trop,  dès que je suis sur scène, je commence à trembler, je ne suis pas à l'aise, cela ne me plaît pas.  Cela ne me plaît pas et  à l'âge que j'ai  je crois que c'est terminé, vous savez! Donc,  voilà ... Ce n'est pas un regret, parce que j'ai quand même fait … Moi, j'aimais bien être derrière, c'est-à-dire quand j'accompagnais, par exemple, Piaf, quand j'accompagnais d'autres chanteurs, d'autres chanteuses,  quand je jouais  dans des orchestres, ça allait, j'ai eu la chance de travailler avec Michel Magne qui était un grand chef d'orchestre et avec qui  j'avais des solos d'accordéon  jazz à faire sur scène à l'Olympia. Er ça me plaisait bien.  Mais d'être soliste... Par exemple,  je n'aurais jamais pu alors que j'ai fait deux ou trois disques chantés, parce que j'aimais bien chanter,   mais je n'ai jamais fait de scène en chantant, ça, voilà,  parce que ce n'est pas mon domaine. 

Avez-Vous jamais eu, Monsieur Lai, l'occasion d'enregistrer Vous-même la musique pour Vos films? 
·J'écris mes musiques, je les enregistre sur ordinateur avec toutes les possibilités que je souhaite avoir, ensuite, je donne ces maquettes élaborées, je les donne à un arrangeur, par exemple, j'ai beaucoup travaillé avec Richter Gobert qui est un musicien, un grand musicien et qui, lui, orchestre. Donc, il a orchestré beaucoup de mes musiques, mais toujours en collaboration très serrée, ensemble. Par exemple, en ce moment-là, il me disait: “Voilà, là, est-ce que tu entends des cors?” Moi, je lui disais: “En ce moment-là, j'aimerais bien entendre un contrechant de cors...” On travaillait un tout petit peu en complicité. Et c'est comme ça qu'on a fait beaucoup de films ensemble. 

Est-ce vrai que Vous trouvez honteux quand la musique  de film soit jouée hors  film? Peut-être que ce n'est pas si mal quand même, vu que le public désirerait  entendre Votre musique non seulement devant l'écran?
·Si la musique est belle, elle peut être jouée hors film, ça, c'est sûr. D'ailleurs, c'est ce qui se passe avec  beaucoup de films, avec beaucoup de musiques de Michel Legrand, de Georges Delerues, de tous les compositeurs. La musique, elle peut, elle peut se suffire à elle-même,  mais moi, je trouve qu'elle prend toute sa valeur quand  elle est avec le film. Quand on voit, par exemple, les Parapluies de Cherbourg,  je trouve que la musique, on peut l'écouter, mais on voit les images, c'est encore beaucoup plus beau.   Voilà, l'un sans l'autre, ça peut toujours se faire, mais  l'un avec l'autre, c'est encore mieux.   

Il est agréable de jouer Votre musique et de l'entendre. La belle musique romanesque est plutôt normale pour un compositeur français, en tant que preuve de sa culture. Mais le public, c'est autre chose, le public aime les expériences.  Est-ce que Vous en faites souvent?
    -  Oui, vous savez, dans  beaucoup de  morceaux j'ai   fait mes propres solos, c'est moi qui les joue, donc, il n'y a pas de problème,  mais je préfère etre... je préfère superviser, si vous voulez.   Je supervise et s'il y a des choses qui ne me plaisent pas, je peux les corriger, voilà, quand on est en studio, quand on enregistre avec un orchestre symphonique,  par exemple, moi, je suis derrière le console, avec mes scores, je suis ce qui se passe et s'il y a des choses qui ne me plaisent pas, je peux les corriger directement, voilà. Et ca, c'est mon travail. Maintenant, mon premier travail c'est de trouver les mélodies, de trouver les musiques qui tiennent la route pour les films, pour que ça aille avec le film et que cette musique puisse donner une couleur, la couleur que souhaite le réalisateur du film. 

 Nous avons beau  aimer ou détester  les changements, ils arrivent  malgré notre volonté. La musique change de formes, il n'y a plus de gens aux yeux d'Anouk Aimée, l'ère des non professionnels romanesques est terminée par le temps difficile où nous vivons. Mais au moment où plusieurs  gens Vous ont considéré comme une partie du passé, Vous avez trouvé les forces d'écrire, sachant trouver  de nouvelles couleurs surprenantes appartenant  à toutes les époques. Les “non professionnels” ont leurs propres idées et les “spécialistes” – celles des autres. Vous etes un “non professionnel” éternel, au meilleur sens du mot.   Qu'est-ce qui Vous donne des forces de rester le Francis Lai que nous avons toujours connu?
·C'est la passion.  C'est la passion de la musique, le jour  où il n'y aura  pas de musique, je crois que c'est terminé pour moi, la vie.  C'est un élément vital pour moi.   Je ne pourrai pas vivre sans la musique,   d'ailleurs, je ne comprends pas qu'il y ait encore des fous furieux qui interdisent la musique aux jeunes.   Je trouve que c'est un élément tellement extraordinaire qui apporte tellement de bonheur, qui apporte tellement de  joie, qui peut vous faire vibrer, qui peut vous donner toutes les sensations qu'un homme peut  avoir,  que sans la musique je crois que la vie serait insoutenable.  Moi, je ne me vois vraiment pas vivre une vie sans musique. Je ne pourrais pas, je ne pourrais pas... C'est trop important pour moi, ça fait partie des éléments vitaux,  ça fait partie de toute la force qu'on peut avoir et du bonheur... Quand on est malheureux, quand on a des problèmes, on se met devant un instrument, on se laisse aller, la musique devient une forme de méditation,  et là, on part dans un autre Univers, dans un autre monde, on vit des choses que  je crois que  peut-être beaucoup de gens souhaiteraient vivre, mais qui malheureusement  ne peuvent pas les vivre parce qu'ils n'ont pas la connaissance de la musique.  Donc, je suis très très sensible de ce côté-la, je ne pourrais pas vivre sans la musique. 
Chaque fois qu'on écoute Votre musique, elle apporte quelque chose de “nouveau”... Je sais quelle est Votre plus belle mélodie. Et quelle est Votre mélodie préférée parmi celles que Vous avez créées, Monsieur Lai?

·Ah, vous savez,  on n'a jamais trop le choix... Je ne peux pas choisir moi-même.  Je pense que c'est le public qui  choisit ce qu'il aime. Nous, les compositeurs,  quand on a créé quelque chose,  on essaie de donner le maximum de  soi-même. On pense toujours que le dernier morceau qu'on a écrit, c'est celui qu'on a réussi le mieux.  Et il englobe un tout petit peu tout ce qu'on a mis, tout ce qu'on a accumulé depuis des années, des années et des années.  On pense que c'est le résultat un tout petit peu de tout ça qui donne les derniers éléments.  Ce n'est pas une véritable verité, à mon avis. Je ne sais pas, je pense que c'est plutôt le public qui a des préférences et c'est lui, en grand compte, le juge.
Tout ce qui est génial est simple, voilà pourquoi on dit parfois de Votre musique qu'elle est  “simple, humble”. Mais por que la musique ait son âme, le compositeur doit y mettre un peu de sienne. Est-ce obligatoire ou bien Vous, en tant que compositeur professionnel, en commencant à écrire une musique, Vous avez des thèmes préparés à l'avance dans Vos idées? 
·Quand je commence à écrire une nouvelle musique, je pars à zéro, j'essaie d'aller dans les éléments qui viennent  sur le moment encore, qu'on ne peut pas maîtriser, vous savez. 

Il est impossible de savoir certaines choses, mais j'ai quand même l'impression  que Vous savez comment une simple mélodie  aboutit au jeu compliqué des sentiments qui n'est permis qu'aux rares chefs-d'œuvre?
·Je crois que c'est Debussy qui disait  que la musique c'est l'expression de l'inexplicable.  On ne peut pas savoir, on ne peut pas expliquer, on ne peut pas savoir savoir à quel moment  vous allez trouver un départ de melodie, à quel moment vous allez trouver des harmonies qui vous conviennent, on ne sait pas, ça vient de l'inconnu.  C'est très difficile pour  répondre à ce genre de questions, parce qu'on n'a pas de réponse. Au moins, moi, je n'en ai pas.  

Est-ce qu'il vous arrivait parfois que Vous ne réussissiez à écrire une melodie et puis   il venait une idée d'un côté tout à fait inattendue? Pourriez-Vous en donner au moins un exemple?
·Ah, oui.  Mais non, mais ça arrive, ça arrive...  Vous savez, si on était sans arrêt, sans arrêt créateur de musique, si on se mettait devant un clavier et il y avait tout de suite des musiques qui arrivent, comme ca, ce serait trop facile. Non, ça demande beaucoup de travail, ca demande des reflexions, ça demande de la passion, ça me demande énormément, énormément, a la tete, de chercher et de savoir ou ne pas savoir justement quand les choses tiennent la route ou pas.   Vous ne pouvez pas etre juge de votre propre travail, il n'y a  que les autres qui peuvent le juger.  Et vous, la seule chose, c'est que  vous êtes conscient de savoir que ce que vous venez de faire n'a pas été fait encore, n'a jamais été fait, est en voie de progresser, mais sans aucune certitude.  La certitude, je crois qu'elle  n'existe pas en musique, ce serait trop facile de se dire: “Bon, j'ai fait ça et ça, et il n'y a rien d'autre.”  La musique, c'est beaucoup plus complexe que ça. Et donc, on n'est jamais sur de soi-même. Et c'est uniquement avec le temps que les choses s'éclaircissent. Quand les choses traversent le temps, cela veut dire qu'on a fait peut-être quelque chose qui  tient la route, si cela a traversé des décennies,. Il y a des choses qui passent très très vite, on les entend parce qu'on pense que cela tient la route et puis, quinze jours après, on se dit: “Oh...” On oublie et on pense à autre chose.   C'est très très très difficile de donner des certitudes avec la musique.

Avez-vous  jamais admiré les musiques  des autres maestros qui avaient réussi  à créer leurs chefs-d'œuvre  avant Vous ou faire des musiques plus impressionnantes que Vous? Par exemple,  les œuvres de Nino Rota  et de Georges Garvarentz?  Est-ce que les créations de vos collègues  Vous ont jamais inspiré?  Ou bien, au contraire,  quelque improvisation de Vos thèmes musicaux Vous a-t-elle impressionné et intéressé? 
· Chacun a sa façon de travailler, chacun a son univers, chacun a sa signature, comme avaient Nino Rota, Michel Legrand, ses grands compositeurs qui ont leur signature... C'est un vrai bonheur,  j'espère que ce bonheur ne disparaîtra pas.

Autant que je comprenne, les meilleurs morceaux des mélodies viennent a un compositeur au moment le plus inattendu et inconvenable. Avez-Vous toujours eu le temps de noter Vos idées musicales? Avez-Vous eu à regretter, si Vous n'en aviez pas le temps, vu que la mémoire  humaine est si faible? 
   -   Bon, cela devient un tout petit peu le métier qui est comme ça. Si des fois il vous  arrive une réussite d'avoir une idée à laquelle  vous pensez vraiment: “Tiens, c'est une belle idée, une bonne idée...” , vous prenez un papier, un crayon et vous écrivez, puis, ensuite, vous la rejouez, vous voyez, si c'était bien ou  si c'était uniquement une illusion. Bien sûr que ça arrive,   il y a beaucoup d'auteurs qui disent: “Moi, j'ai écrit cette chanson au coin d'une table,  sur une serviette.” Bien sûr qu'on peut faire,  tout ca est  possible, mais moi, ce que je préfère le plus, c'est d'être concentré, seul, devant mes instruments, et de me laisser aller à l'inspiration naturelle, s'il y a des moments où ça arrive, j'en remercie le ciel. Et si ça arrive pas, mais je continue de travailler ou j'arrete, j'écoute autre chose,  je fais autre chose,  j'aime beaucoup le sport, donc, je fais beaucoup de tennis, je fais  beaucoup de ski, donc, je peux regarder également une pièce de théâtre,  je me relaxe très différemment, et puis, je me remets au travail. Au travail, mais ce n'est pas un travail pour moi puisque c'est plus une passion qu'un travail.  Les choses se font naturellement, voilà, comme ça. Mais faites attention, ça me concerne, chacun est différent.

Pour un simple observateur, il se passe des choses insolites dans le monde: les astronautes professionnels  débutent  dans leur propre busyness, commencent à s'occuper des banques, les acteurs s'adonnent à la politique et les musiciens   se prennent à promouvoir des jeunes. Avez-Vous des projets de ce type? Ont-ils du succès?
·Si je veux aider un jeune compositeur, je le fais avec plaisir, ou un chanteur, ou une chanteuse... Si je peux apporter ma petite contribution, parce qu'un chanteur ou une chanteuse ou un compositeur peuvent faire une musique... Vous savez, je vous avoue sincèrement, j'ai un âge certain,  donc, je n'ai plus trop, trop, trop de temps... Avec Claude Lelouch, vous savez, il me donne énormément de travail, donc, je n'ai pas trop le temps d'aller à côté, de voir  les choses qui se passent à côté, de pouvoir faire promouvoir quelque chose, mais si l'occasion se présente, il est certain que je le fais avec un immense plaisir. Si un jeune compositeur qui a du talent et qui peut  faire une musique d'un film ou d'un feuilleton, c'est avec plaisir que je lui donnerai un coup de main pour qu'il puisse le faire.  Mais maintenant, moi, je n'ai pas suffisamment de temps pour  m'occuper des choses qui  sont à côté, parce que je n'arrive même  pas à faire ce que je dois faire moi-même. Avec les films et avec les chansons que j'ai en chantier, j'ai commencé une comédie musicale que je n'arrive pas à terminer, j'ai plein d'autres projets qui sont en chantier et qu'il va falloir  travailler... Donc, voila, le seul probleme dans la vie, c'est le temps, le temps, on ne peut pas le maîtriser et on n'a pas assez de temps, il faudrait vivre deux ou trois vies pour pouvoir tout faire.

Dans Votre label FGL il y a un blog au contenu de photos, pour la plupart. Les “images” dominent le texte, voilà pourquoi j'aimerais Vous demander ce qui Vous lie avec les Chœurs de l'Armee Rouge et leur chef, le général Eliseev, dont les photos sont nombreuses dans ce blog. Comment vous êtes-Vous lié d'amitié avec lui?
·Non, c'est une rencontre que j'ai faite avec le ténor qui, lui, etait le  soliste avec les Chœurs de l'Armée Rouge. Bien sûr que j'adore ces choeurs, il faut reconnaître, ces chœurs sont uniques dans le monde. Donc, c'est vrai que moi, ça a été un vrai privilège de pouvoir rencontrer  justement ce grand chef. Et puis, c'est une merveilleuse chorale. Mais, voilà, j'espère qu'un jour j'aurai l'occasion justement de  faire quelque chose avec eux parce que ce sont de grands solistes et tous ont des voix particulières et très très attrayantes. Donc, effectivement, cela donne envie d'essayer de  travailler pour eux. Mais ce n'est pas évident, ce n'est pas évident, parce que bon, ils ont leur matériel, ils ont leur chef, ils ont tout ce qu'il faut pour que ça tourne dans le monde entier et qu'ils aient le succès qu'ils méritent parce qu'ils ont du succès partout ou ils partent.

Il existe un vidéo ou Vous êtes filmé en train de jouer d'un instrument étrange. Je l'appellerais un accordéon horizontal. Je suis sûr qu'il avait été fait sur commande, mais pourquoi cela était-il nécessaire? Le clavier était-il plus commode ou bien cet instrument produisait-il vraiment des sons nouveaux? Vous servez-Vous à présent de quelque chose de pareil ou bien Vous ne vous intéressez plus aux nouveautés? 
·Moi, j'ai toujours fait de la musique électronique, depuis toujours. J'ai eu le premier accordéon électronique qui a existé. Je l'ai eu en 1964. Et la musique d' Un homme et une femme, je l'ai toute  écrite avec cet accordéon électronique. Et ensuite, j'ai toujours essayé  de faire des claviers accordéon parce que ça me facilite les choses, ça me facilite la vie,  comme je suis accordéoniste au départ, et de les faire avec  des sons des synthétiseurs qui venaient de sortir, c'est-à-dire,  chaque fois, j'avais 3-4 claviers différents dont un Moog qui était avec des touches d'accordéon, un Moog synthétiseur qui était une pièce maitresse  des sons, des sons nouveaux.

Ce n'est pas un secret qu'une belle idée  rôde tout près de plusieurs cerveaux, mais ne vient qu'au premier comme c'était le cas avec l'invention de la radio. La mélodie Manchester et Liverpool  a été  chantée des milliers de fois en Russie car elle avait accompagné la météo à la  première chaîne télévisée. Malgré le fait que l'auteur de cette chanson soit Andre Popp, le fait dont Vous etes au courant, sans doute,  il y a beaucoup de gens  qui croient  que c'est Vous qui l'avez écrite. Auriez-Vous pu signer cette chanson? Est-ce qu'il arrive souvent qu'on Vous croie l'auteur de quelque musique appartenant à  la plume d'un autre compositeur?
-Non, parce que là, je refuse ça.  Cela, c'est une erreur. Cela n'a rien à  voir.  L'erreur est jumaine, je sais que l'erreur est humaine, mais  là, il faut la corriger.  A partir d'un moment je ne veux pas m'approprier quelque chose qui ne m'appartient pas.  Pour moi, ce serait une grosse  erreur,  je serais furieux quand on m'attribue quelque chose que je n'ai pas fait. Qu'on me l'attribue parce qu'il y a peut-être une ressemblance  avec quelque chose, non, non, pas du tout. Là, je suis  vraiment furieux. Ce que je n'ai pas fait, il est hors de question qu'on me l'attribue! Cela, c'est hors de question, là, si  je sais quelque chose pareil, moi, je ne suis pas procédurier, mais là, je serai capable de faire un procès! Il faut corriger cette erreur, il ne faut pas laisser des choses comme ça. Je ne suis pas au courant, je ne connais même pas ce titre,  je ne sais pas de quoi il s'agit.  Mais si on m'attribue ce titre, je veux et impérativement que ce soit supprimé, du jour au lendemain je ne veux pas ce genre de compromission, ça, c'est exclu.  Ce sont des choses graves. Si on vous attribue quelque chose que vous n'avez pas fait, c'est très très grave parce que c'est une usure-passion de vous-même, une usure-passion de votre signature. C'est inconcevable.


Je Vous demande pardon de Vous avoir fatigué par cette foule de questions et de ne pas poser, peut-être, la question la plus importante. 
Je Vous remercie d'avoir accepté cet interview, j'espère que  notre entretien  a réussi. 
- Je pense que vous avez le matériel qu'il faut pour puvoir faire quelque chose de sympathique.  J'espère qu'on aura l'occasion de se reparler... Moi, je vais me remettre tout de suite au travail avec  le nouveau film qui s'appelle  Chacun sa vie et son intime conviction. C'est le titre du nouveau film de Claude Lelouch.   C'est une exclusivité que je vous donne! Merci beaucoup et bonne soirée! Au revoir!

Je vous remercie, maestro.
Cordialement, Igor Kiselyov.



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